Théâtre Dunois
Le Théâtre Dunois
L'oeuvre de grandir
« Nous sommes embarqués…Il nous faut avancer, au risque de sombrer corps et biens, emportés par les premiers remous. Il nous faut un cap : éduquer nos enfants pour qu’ils deviennent capables de faire fonctionner, de renouveler et d’étendre nos institutions démocratiques. (…) Nous sommes embarqués… Avec nos enfants.
Et ce n’est pas le moment de quitter le navire. »

Philippe Meirieu*
Paradoxe : au moment où l’enfant est devenu la cible imposée de toutes les attentions, c’est comme si grandir n’allait plus de soi. Cela s’apparenterait presque à un métier, une épreuve, un défi… L’enfance est lorgnée par tous les bouts : parents, éducateurs, psychologues, pédiatres ; à chacun son point de vue, et ses perplexités, au moment où nous vivons une situation totalement inédite. Comment leur donner envie de grandir dans un monde leurré par le jeunisme ambiant. On fait jeune, on parle jeune, on pense jeune…
Y a-t-il encore des places à conquérir quand l’Autre n’est plus qu’un double de moi-même ? Oui, c’en est bien fini du phénomène naturel. Grandir (évolution oblige !) est devenu un défi qui requiert des enfants et des adultes, des adultes avec les enfants, de nouvelles facultés d’invention.

Grandir… Télécommandes en main, notre jeunesse rêve de toute puissance tandis que les adultes fantasment le programme. Mon chérubin sera beau, vaillant, performant… On exige le meilleur, mais quoi ? Enfant tellement désiré, enfant gâté… destin pourri ? Plusieurs spectacles questionnent ce premier défi de l’enfance, ce temps conflictuel où il faut bien en passer par l’autre.
J’y suis, tu hais : comment vaincre ses peurs, et surseoir à ses pulsions pour les muer en désirs ? Le metteur en scène Laurent Dupont nous plonge avec « Moi Seul » dans l’intimité d’une fratrie d’aujourd’hui. Au cœur de chacun, se jouent aussi des sentiments inattendus…
Mais comment démêler la pelote difforme des caprices infantiles quand les parents eux-mêmes phagocytent par trop de soins leur petit consommateur braillard ? Les formes abstraites de la compagnie Balle rouge nous aident à prendre du recul. On aborde le problème en musique et son énoncé devient lumineux…
Et que sait-on, après tout, de la détermination d’un enfant ? Sur un texte de Jon Fosse, le metteur en scène Christophe Laluque explore le rêve de transgression d’une enfant avide d’inconnu. Elle ne lâchera pas, et sa parole nous ragaillardit…

Grandir… Avec des règles, évidemment. Pas d’éducation sans loi ! Encore faut-il repenser les fondements de cette sacro-sainte autorité qui n’inspire plus qu’un maigre respect. A contre courant, plusieurs spectacles repensent la relation des enfants (et des grands !) au pouvoir. Quelle puissance pourrait mériter notre estime ? Celle qui, sans doute, engage avant tout notre responsabilité : une autorité qui autorise !
Avec « L’arrestation », le cri tragico-burlesque du flic qui s’en prend au gamin qui n’y comprend rien défie la loi ordinaire d’une situation presque banale. Qui craint qui ? Et qui réprouve quoi ?
Autre scène, autre rage : les danseuses andalouses de « Soledades », emportées par l’amour d’une authentique tradition, combattent à coups de talons les conventions qui les emmurent.
Il y a aussi ce jeune sans-papiers, otage d’une loi administrative qui le réduit à rien : « Spécimen », la dernière pièce d’Anne-Marie Collin questionne notre identité, non sans une pincée d’ironie socratique…
Enfin, voici « Jojo », l’incorrigible récidiviste, une tête à claque rêvée par le dramaturge Joseph Danan ! Son comparse Joël Jouanneau n’a rien trouvé d’aussi drôle que de mettre en scène les bêtises de l’enfant, les gifles de la mère, dans une cascade de gags et de je t’aime non dits qui vous laissent des marques…

Grandir… En prenant racine, pour ne pas perdre pieds ! En estimant aussi la mesure du passé : il existe bien un à partir de là, une histoire collective où puiser consciemment. Alors, sans permission, un destin s’improvise.
Goûtez l’élixir sonore des « Fleurs de Bach » : à la croisée des styles, un corps à cordes toqué privilégie le sens des compositions hardies.
De chemins buissonniers en ville à géométrie variable, une escale s’impose à « Bubaropolis ». Un chantier miraculeux s’édifie en pure perte, et toutes nos certitudes s’effondrent!
Enfin on pourra s’immiscer dans les failles des vies trop bien tracées : sous le chapiteau du « PinKpunKCirKus », les héritiers d’un drôle de cirque osent un intrépide numéro de voltige verbale. Deux mineurs s’émancipent, et c’est tout le public qui gagne en liberté !

Céline Viel

*Philippe Mérieux*, « Lettre aux grandes personnes sur les enfants d’aujourd’hui », éd. Rue du Monde, 2009.
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Louée pour son travail de sensibilisation des publics depuis 15 ans, l’Amin Cie Théâtrale rejoint le Théâtre Dunois afin de promouvoir son travail de création, et mettre son savoir-faire auprès des amateurs, au service des publics de la capitale.
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